Derrière une porte banale de la rue Monge : un amphithéâtre romain de 15 000 places, enfoui sous Paris pendant 17 siècles. Ouvert. Gratuit. Et personne ne le sait.
Rue Monge, 5e arrondissement. Des boulangeries, des immeubles haussmanniens, un quartier calme. Tu passes devant le numéro 49. Une porte cochère. Rien ne t'indique ce qu'il y a derrière.
Un amphithéâtre gallo-romain construit vers l'an 100 après J.-C. Il pouvait accueillir jusqu'à 15 000 spectateurs pour des combats de gladiateurs et des pièces de théâtre. Enfoui sous Paris pendant 17 siècles, c'est la percée du boulevard Saint-Germain en 1869 qui l'a remis au jour — presque par accident.
Des retraités jouent à la pétanque au centre de l'arène. Des gamins du quartier font du skate sur des gradins vieux de 2 000 ans. Des touristes arrivent plan en main, s'arrêtent, ne comprennent pas tout de suite ce qu'ils regardent. Les Arènes de Lutèce sont un lieu secret Paris que ses propres habitants ont transformé en terrain de jeu de quartier — sans jamais vraiment réaliser ce que c'est.
Un amphithéâtre romain en plein Paris 5e où des gens jouent à la pétanque un mardi après-midi. La normalité parisienne à son paroxysme.
Victor Hugo lui-même s'est battu pour sa préservation en 1883, quand la mairie voulait y faire passer une ligne de tramway. Il a écrit une lettre. L'arène a survécu. Ce Paris insolite accueille aujourd'hui des tournois de pétanque officiels, des cours de taichi et des pique-niques d'école primaire — à 200 mètres du Panthéon, sans aucun panneau pour t'y guider.